Les erreurs de sécurité qui affaiblissent silencieusement les environnements d’entreprise
Pourquoi les décisions quotidiennes, pas les attaques spectaculaires, expliquent la plupart des brèches—and comment y remédier durablement
On pénètre dans des environnements d’entreprise pendant des tests d’intrusion autorisés et on repère un motif récurrent: la cause des brèches n’est pas nécessairement une faille zéro-day ni un malware ultra sophistiqué. Bien souvent, ce sont des décisions ordinaires, prises sans malice, qui affaiblissent peu à peu les défenses et créent des angles morts que les attaquants exploitent ensuite. Cet article s’appuie sur des expériences réelles menées en 2025 dans divers secteurs, démontrant que la sécurité échoue bien avant l’arrivée d’un adversaire.
Identité
Quand les comptes admin envahissent le quotidien
Les identifiants administratifs servent encore trop souvent pour les activités quotidiennes. MFA mal appliqué, comptes nouvellement créés en grand nombre, et accès trop largement accordé deviennent la norme dans des environnements sous tension.
Un administrateur IT, débordé, ouvre sa session avec un compte ayant des droits administratifs: il lit ses emails, télécharge des fichiers, exécute des scripts PowerShell, et se connecte à des serveurs — tout cela avec le même compte. Un seul clic malheureux peut déployer un malware ou un RMM (remote management tool) avec des privilèges élevés. Par ailleurs, des comptes utilisateurs sans MFA restent connectés via VPN ou RDP et, une fois compromis, l’attaquant peut pivoter dans l’organisation en consultant les boîtes mail ou en lançant des attaques de phishing.
- Séparer comptes administratifs et comptes d’usage quotidien et faire de cette séparation une règle non négociable.
- Imposer le MFA de manière homogène pour les administrateurs et les utilisateurs.
- Auditer l’accès aux partages de fichiers, aux systèmes de gestion de documents et aux wikis avec une logique de moindre privilège.
- Supposer qu’un compte surprivilié sera un vecteur d’attaque et mettre en place des contrôles rigoureux (mots de passe forts et uniques, surveillance des connexions inhabituelles).
Les lacunes de visibilité
Les indices les plus importants se cachent dans les journaux.
La journalisation existe, mais elle est incomplète, les périodes de rétention sont trop courtes et les alertes ne sont pas toujours exploitées.
Les outils de endpoints accumulent des données, mais seulement assez longtemps pour déclencher une alerte. Quand l’enquête démarre, des jours ou des semaines plus tard, l’historique est partiel, voire inexistant. On suppose à tort que la couverture est suffisante car des alertes s’allument; mais ces alertes ne racontent qu’une partie de l’histoire et ne permettent pas de reconstituer le fil rouge d’un incident.
Problèmes avec les prestataires SOC/MDR qui détecte l’activité suspecte mais attend l’approbation du client pour intervenir, ou ne prévient pas dans des délais raisonnables. Le client, de son côté, attend une réponse immédiate.
- Vérifier précisément quelles logs sont collectés, combien de temps ils sont conservés et quand ils disparaissent.
- Valider la couverture de détection par des tests réguliers, et pas seulement par l’existence d’alertes aujourd’hui.
- Définir clairement qui agit quand une alerte se déclenche, et documenter les procédures (accorder des SLA réalistes avec les partenaires externes).
- Réviser régulièrement les workflows de gestion des alertes avec le SOC ou le prestataire; le turnover est fréquent dans ces postes — assurez-vous que les procédures de formation restent à jour.
La gestion des vulnérabilités devient une distraction
Les équipes sont harcelés par des centaines de vulnérabilités au lieu de prioriser le risque réel.
On peut lire des rapports avec des milliers de CVEs et vouloir tout corriger pour atteindre une sorte de « zéro vulnérabilité ». En 2025, on observait environ 130 nouveaux CVEs par jour. Cette quantification rapide pousse à corriger massivement sans discernement, alors que certaines vulnérabilités sont bien moins risquées que d’autres.
La vraie difficulté est de pouvoir enlever les vulnérabilités qui ne mettent pas en danger les actifs critiques, et concentrer les efforts sur celles qui peuvent réellement conduire à une compromission.
- Ne pas considérer la quantité de vulnérabilités corrigées comme seul indicateur de réussite. Mesurer la réduction des vulnérabilités “haute priorité” et le temps de correction.
- Identifier les actifs qui exposent le plus l’organisation (pare-feux, VPN, appliances Internet-facing) et connaître qui les possède et comment les mettre à jour.
- Prioriser les vulnérabilités qui permettent de franchir des chemins de compromission réels (injections, problèmes de validation/sanitisation, etc.).
- Mettre en place des processus de réponse rapide pour les actifs exposés à Internet et les tester régulièrement.
Les sauvegardes
sans tests: une sécurité illusoire
Les systèmes de sauvegarde existent, mais la récupération est peu ou pas testée, ou les procédures ne sont pas ou mal documentées.
On investit massivement dans des solutions de sauvegarde — sauvegardes immuables, répliques multi-régions, coûts importants — mais, en cas d’incident, on découvre que les procédures de restauration résident dans l’esprit d’une seule personne. Si cette personne est indisponible, la récupération peut être lente voire impossible.
- Tester régulièrement les restaurations et pas seulement effectuer des sauvegardes. Documenter les étapes de récupération et les procédures associées.
- Décrire en détail les procédures de restauration pour chaque application ou flux de travail, avec des captures d’écran si nécessaire.
- Définir des rôles clairs pour que la récupération reste possible même en cas d’absence de personnes clés.
- Considérer la validation des sauvegardes comme une activité de sécurité critique et planifier des rotations de responsabilités pour que chacun maîtrise le processus.
Problèmes de responsabilités
sans propriétaire, sans délais, sans causes profondes
Les résultats des contrôles et des tests manquent de responsables, de délais et d’analyses de causes profondes.
Après un pentest interne, les équipes d’IT reconnaissent les vulnérabilités mais travaillent sur des délais peu contraignants, puis les mêmes défauts réapparaissent lors des tests suivants. Le pentester revient frustré, et l’organisation perd en crédibilité et en efficacité.
- Assigner une responsabilité claire pour chaque découverte: qui est le propriétaire et quoi faire.
- Fixer des délais significatifs et mesurables, avec des échéances réalistes et des mécanismes de responsabilité.
- Rechercher les causes profondes plutôt que de traiter les symptômes. Comprendre les processus ou les workflows qui alimentent les vulnérabilités ou les mauvaises configurations.
- Suivre les répétitions comme des échecs de processus, pas comme des échecs de personnes. L’objectif est d’améliorer les processus, pas de pointer du doigt.
Réponses aux objections courantes
- « Nous n’avons pas le temps pour tout cela. » Le temps investi aujourd’hui se justifie lors d’un incident, bien pire en conditions réelles. Priorisez et faites monter les initiatives de bas en haut.
- « Nos outils suffisent. » Les outils ne remplacent pas les tests, les validations et la clarté des responsabilités. Le “tool-sprawl” est réel, mais l’ennemi est aussi le manque de perception holistique.
- « Nous ne sommes pas une cible. » Si vous avez des données, de l’argent ou une influence, vous êtes une cible potentielle. Adoptez une posture défensive même si vous n’êtes pas une cible « évidente ».
- « Nous réglerons ça plus tard. » Le « plus tard » transforme des petits problèmes en risques majeurs. Budgets et planification sont importants, mais l’urgence est réelle.
Et après ?
vers une sécurité plus résiliente
Les échecs de sécurité ne proviennent pas d’un manque d’intelligence ou d’efforts, mais d’une discipline opérationnelle incohérente qui s’accumule avec le temps. Si quelque chose n’est pas testé ou validé, c’est une hypothèse. Si une responsabilité manque, le problème ne sera jamais résolu. Si le risque est mesuré uniquement par le volume, les menaces réelles passent à travers les mailles du filet.
Ce qu’il faut retenir pour transformer la sécurité
- Prioriser les décisions opérationnelles qui ont un impact réel sur la surface d’attaque.
- Mettre en place des propriétaires clairs pour chaque finding, avec des délais et une analyse des causes profondes.
- Vérifier et tester régulièrement les contrôles (logs, détections, sauvegardes, pièces d’infrastructure exposées).
- Réduire la complexité inutile: moins d’outils mal intégrés, plus de cohérence dans les processus.
- Entraîner l’organisation à adopter une meilleure discipline opérationnelle plutôt que d’espérer que les outils suffisent.
Conclusion
Les menaces majeures ne commencent pas par des exploits spectaculaires, mais par une accumulation de petites erreurs et de décisions quotidiennes insuffisamment contrôlées. En instaurant une gestion rigoureuse des identités, en renforçant la visibilité et les procédures autour des alertes, en priorisant les vulnérabilités pertinentes, en validant les sauvegardes et en assignant clairement les responsabilités, vous pouvez transformer votre environnement en une forteresse plus résiliente — sans attendre qu’un attaquant frappe. Progression continue et cohérence: ce sont les deux maîtres-mots pour durcir votre sécurité jour après jour.